Échecs au long cours

Il y a plus d'aventures sur un échiquier que sur toutes les mers du monde, dit-on. Il se trouve que j’ai fait de nombreuses parties d'échecs sur les océans. Mais ça, c’était avant. Avant que la marine du long cours ne perde la boule et précipite ses navires sur des plages avec ce même entêtement incompréhensible des troupeaux de cétacés désorientés.

Photo de Denis Bernard

Comme bien des collègues, je me suis retrouvé au sec à l'âge où l’horizon de la retraite se profile à des décennies. En fait, presque au sec : au pied de la tour de Paris La Défense, où j’avais trouvé asile, défilaient des péniches. Au bout d’un an, ma décision fut prise de reprendre la mer ; quitte à entrer dans le mercenariat.

C'était audacieux mais je comptais sur mon éclectisme, sur l'âge avancé de ceux ayant échappés au carnage et sur le stupéfiant statut de la marine marchande française exigeant la même formation pour commander une grosse drague portuaire ou seconder le capitaine d'un supertanker — et une retraite identique.

J’ai donc réussi mon coup, comme en témoigne ce blog rétrospectif. Je confesse que, dans cette seconde vie professionnelle — pénible, malsaine et dangereuse — je n’ai presque plus jamais joué aux échecs en mer, que j’ai eu beaucoup de chance et que ça n’aurait pas pu être possible sans certains armateurs (dont une dame !) parmi ceux qui n’avaient pas baissé pavillon.


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